Actualité loi Lemoine29 juillet 2026 · 9 min de lecture

Assurance emprunteur : que change l'avis CCSF du 24 juin 2026 au 1er septembre ?

Avis CCSF du 24 juin 2026 sur l'assurance emprunteur et la loi Lemoine
Réponse rapide

L'avis du CCSF rendu public le 24 juin 2026 engage tout le marché sur quatre changements applicables dès le 1er septembre 2026 : seuls les crédits immobiliers comptent dans le seuil de 200 000 € sans questionnaire médical, les seuils d'invalidité sont harmonisés à 66 %, les exclusions de pathologies antérieures disparaissent et la continuité de couverture est garantie lors d'un changement d'assureur.

L'essentiel

Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), l'instance placée auprès de la Banque de France qui réunit assureurs, banques et associations de consommateurs, a rendu public le 24 juin 2026 un avis qui engage tout le marché de l'assurance de prêt. Quatre mesures entrent en vigueur dès le 1er septembre 2026, avec une généralisation étalée jusqu'au 1er juin 2027. La plus concrète pour les emprunteurs : le calcul du seuil de 200 000 € qui déclenche la suppression du questionnaire médical ne retient désormais que les crédits immobiliers. Un point loin d'être anecdotique sur un marché où 496 654 demandes de substitution ont été recensées en 2024, contre 198 530 en 2021 avant la loi Lemoine. LoiLemoine.com est un service indépendant, non gouvernemental, dédié à l'information sur le changement d'assurance emprunteur.

Que contient l'avis du CCSF du 24 juin 2026 ?

L'avis n'est pas une loi : c'est un engagement de place, négocié entre les professionnels et les représentants des consommateurs, que les assureurs s'engagent à traduire dans leurs contrats selon un calendrier fixé. Sa portée est néanmoins large, parce qu'il vise à corriger les angles morts laissés par la loi Lemoine du 28 février 2022 — ceux-là mêmes que le CCSF avait pointés dans son bilan comme les limites d'une réforme au bilan mitigé.

Quatre chantiers sont ouverts :

Ces exclusions de pathologies antérieures vont à l'encontre des objectifs de la loi Lemoine : elles réintroduisent, par une autre porte, la sélection médicale que la loi avait précisément voulu supprimer. — Constat central de l'avis CCSF du 24 juin 2026.

Autrement dit : la loi Lemoine avait ouvert la porte, certains contrats l'avaient refermée par leurs conditions générales. L'avis remet les compteurs à zéro sur ces quatre points.

Pourquoi le nouveau calcul du seuil de 200 000 € élargit la loi Lemoine ?

Depuis la loi Lemoine, le questionnaire médical est supprimé si deux conditions sont réunies : l'encours assuré ne dépasse pas 200 000 € par assuré et le remboursement s'achève avant le 60e anniversaire de l'emprunteur. Le point sensible a toujours été le mot « encours » : fallait-il additionner tous les crédits, ou seulement les crédits immobiliers ?

Dans les faits, certains établissements cumulaient l'immobilier avec des prêts à la consommation ou des financements professionnels, ce qui faisait basculer des dossiers au-dessus du seuil pour quelques milliers d'euros. À compter du 1er septembre 2026, seuls les crédits immobiliers au sens de l'article L. 313-1 du Code de la consommation — acquisition, construction ou travaux sur un bien à usage d'habitation ou mixte — entrent dans le calcul.

Type de financementAvant l'avis CCSFÀ partir du 1er septembre 2026
Prêt immobilier résidence principaleComptéCompté
Prêt travaux sur bien d'habitationComptéCompté
Prêt à la consommation (auto, travaux non immobiliers)Parfois comptéExclu
Crédit professionnel à usage exclusivement proParfois comptéExclu
Autres financements non immobiliersParfois comptéExclu

Le calcul que personne ne fait correctement : le seuil s'apprécie par assuré

C'est la nuance qui fait basculer le plus de dossiers, et elle est rarement expliquée. Le plafond de 200 000 € ne s'applique pas au montant du prêt, mais à l'encours assuré sur la tête de chaque emprunteur, c'est-à-dire au montant emprunté multiplié par la quotité assurée.

Prenons un cas concret. Un couple emprunte 370 000 € pour sa résidence principale, avec une quotité de 50 % chacun. L'encours assuré est de 185 000 € par tête : les deux emprunteurs sont sous le seuil et peuvent, s'ils remboursent avant 60 ans, souscrire sans questionnaire médical. Ajoutez à ce couple un prêt auto de 22 000 € : avant l'avis CCSF, certains assureurs cumulaient et faisaient sauter le bénéfice de la loi Lemoine. Après le 1er septembre 2026, ce prêt auto est hors calcul et les deux emprunteurs restent couverts par la dispense.

Le réflexe à avoir : avant de renoncer au bénéfice de la loi Lemoine parce qu'un conseiller vous annonce « vous dépassez les 200 000 € », demandez le détail du calcul par écrit. Vérifiez qu'il ne retient que l'immobilier et qu'il applique bien votre quotité, pas le capital total du prêt.

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Quelles garanties sont réellement renforcées quand vous changez d'assurance ?

Trois des quatre mesures de l'avis touchent directement le moment le plus risqué pour un emprunteur : la bascule d'un contrat à l'autre.

1. L'invalidité enfin comparable d'un contrat à l'autre

Jusqu'ici, chaque assureur définissait ses propres modalités d'évaluation de l'invalidité, ce qui rendait la comparaison des offres quasi impossible et compliquait la démonstration de l'équivalence des garanties exigée par la banque. L'avis fixe des seuils communs : 66 % pour l'IPT, 33 % à moins de 66 % pour l'IPP. C'est un gain direct pour la substitution : plus les définitions sont standardisées, moins la banque dispose de marge pour opposer une prétendue non-équivalence.

2. La fin des exclusions de pathologies antérieures

Le cas type était redoutable : un emprunteur souscrit sans questionnaire médical depuis 2022, tout va bien — jusqu'au jour où une lombalgie pour laquelle il avait consulté avant la souscription débouche sur une opération et un arrêt de travail. L'assureur invoque alors une clause d'exclusion de pathologie antérieure et refuse l'indemnisation. Le CCSF juge cette pratique incompatible avec l'esprit de la réforme : elle vide de sa substance la suppression du questionnaire médical.

3. Le trou de couverture entre deux contrats bouché

Le CCSF clarifie enfin la répartition entre ancien et nouvel assureur. L'ancien assureur reste tenu des sinistres déclarés avant la résiliation, y compris leurs conséquences directes ultérieures ; le nouvel assureur prend le relais pour les événements survenus après la prise d'effet. Fini le no man's land dans lequel deux assureurs se renvoyaient la balle pendant des mois.

Mesure de l'avis CCSFMise en placeGénéralisation obligatoire
Nouveau calcul du seuil de 200 000 €1er septembre 20261er juin 2027
Harmonisation des seuils d'invalidité (IPT/IPP)1er septembre 20261er juin 2027
Suppression des exclusions de pathologies antérieures1er septembre 20261er juin 2027
Continuité de couverture lors du changement1er septembre 20261er janvier 2027

Faut-il attendre le 1er septembre 2026 pour changer d'assurance de prêt ?

Non — et c'est important de le dire clairement. La loi Lemoine permet la résiliation à tout moment, sans frais ni pénalité, dès le premier jour du prêt. Rien dans l'avis CCSF ne suspend ce droit ni n'incite à patienter. Attendre deux mois sur une économie de plusieurs centaines d'euros par an, c'est perdre de l'argent pour un bénéfice incertain.

Il existe toutefois une subtilité que les comparateurs passent sous silence : entre le 1er septembre 2026 et la généralisation de juin 2027, le marché fonctionne à deux vitesses. Certains assureurs appliqueront les engagements CCSF dès la rentrée, d'autres attendront la date butoir. Deux contrats affichés au même tarif en octobre 2026 peuvent donc offrir des droits différents.

La question à poser par écrit à tout assureur consulté à partir de septembre 2026 : « À quelle date votre contrat intègre-t-il les engagements de l'avis CCSF du 24 juin 2026 sur les exclusions de pathologies antérieures et les seuils d'invalidité ? » Exigez la réponse dans la fiche standardisée d'information.

Cette question a une valeur pratique immédiate : la réponse écrite devient une pièce du dossier si un litige survient plus tard, et elle permet de départager deux offres apparemment identiques. Avant l'envoi de votre demande, vérifiez également l'équivalence des garanties critère par critère, seul motif légal de refus opposable par la banque, et relisez les conditions exactes de la suppression du questionnaire médical. Pour chiffrer l'écart avant d'engager la procédure, vous pouvez comparer votre assurance de prêt ou passer par un service de renégociation de crédit et d'assurance.

Où en est vraiment la loi Lemoine en 2026 ?

L'avis du CCSF arrive après un constat sans complaisance : quatre ans après son entrée en vigueur, la loi Lemoine produit des effets, mais très en deçà de ses promesses.

Les chiffres racontent cette histoire à deux visages. Côté dynamique, les demandes de substitution sont passées de 198 530 en 2021 à 496 654 en 2024, soit une multiplication par 2,5. Et 38,66 % des nouveaux contrats d'assurance emprunteur souscrits chez les bancassureurs en 2024 l'ont été sans sélection médicale — preuve que la suppression du questionnaire irrigue réellement le marché.

Côté résistance, la photographie est plus sévère. Les assureurs alternatifs ne pèsent que 19 % du stock fin 2025, contre 16 % en 2021 : trois points gagnés en quatre ans sur un marché de 7,6 milliards d'euros de primes annuelles et 8,5 millions de crédits immobiliers en cours. Sur les nouveaux crédits, la délégation est même retombée autour de 7,5 %, les bancassureurs conservant l'essentiel du flux via des offres internes proposées au moment de l'octroi du prêt.

Les pratiques dilatoires expliquent une partie de cet écart. Le délai légal de 10 jours ouvrés imposé à la banque pour répondre à une demande de substitution s'étire fréquemment à 30 jours ou plus. En 2025-2026, la DGCCRF a infligé près de 900 000 € d'amendes cumulées à quatre établissements, dont 196 000 € au CIC Est en octobre 2025. Et de nouvelles manœuvres apparaissent : l'exigence de garanties superflues hors grille CCSF, ou l'orientation vers un contrat interne moins cher que le contrat groupe mais toujours plus onéreux qu'une délégation externe.

À retenir : l'avis du 24 juin 2026 s'attaque aux garanties et à la lisibilité, pas aux délais de traitement. Le levier contre les banques qui traînent reste le même — preuve d'envoi horodatée, silence valant acceptation après 10 jours ouvrés, médiateur bancaire et signalement DGCCRF via SignalConso.

En pratique, la combinaison des deux dispositifs est puissante : la loi Lemoine vous donne le droit de partir à tout moment, l'avis CCSF vous garantit que le contrat d'arrivée vous couvrira vraiment. Reste à faire jouer ce droit, ce que moins d'un emprunteur sur cinq fait aujourd'hui.

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Équipe LoiLemoine
Nos contenus sont rédigés et vérifiés par des spécialistes de l'assurance de prêt immobilier, à partir des sources officielles (Légifrance, CCSF, Banque de France, DGCCRF, ACPR).

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'avis du CCSF du 24 juin 2026 sur l'assurance emprunteur ?

Le Comité consultatif du secteur financier a rendu public le 24 juin 2026 un avis engageant tout le marché sur quatre points : le calcul du seuil de 200 000 € sans questionnaire médical, l'harmonisation des seuils d'invalidité, la fin des exclusions de pathologies antérieures et la continuité de couverture lors d'un changement d'assureur. Les premières mesures s'appliquent au 1er septembre 2026.

Comment se calcule le seuil de 200 000 € après l'avis CCSF ?

À compter du 1er septembre 2026, seuls les crédits immobiliers au sens de l'article L. 313-1 du Code de la consommation entrent dans le cumul de 200 000 € par assuré. Les prêts à la consommation, les crédits professionnels et les autres financements non immobiliers en sont exclus. Davantage d'emprunteurs restent donc sous le seuil et échappent au questionnaire médical.

Un assureur peut-il encore exclure une pathologie antérieure au contrat ?

Le CCSF juge ces clauses contraires aux objectifs de la loi Lemoine parce qu'elles réintroduisent une sélection médicale indirecte dans des contrats souscrits sans questionnaire de santé. Les assureurs se sont engagés à les retirer, avec une mise en place dès le 1er septembre 2026 et une généralisation au 1er juin 2027.

Faut-il attendre le 1er septembre 2026 pour changer d'assurance de prêt ?

Non. La loi Lemoine autorise la résiliation à tout moment, sans frais ni pénalité. Mais entre le 1er septembre 2026 et le 1er juin 2027, tous les assureurs n'appliqueront pas encore l'avis au même rythme. Demandez par écrit à quelle date le contrat proposé intègre les engagements CCSF et faites-le figurer dans la fiche standardisée d'information.

Quels sont les nouveaux seuils d'invalidité harmonisés ?

L'invalidité permanente totale est alignée sur un taux de référence de 66 % et l'invalidité permanente partielle sur une fourchette de 33 % à moins de 66 %. Cette harmonisation rend les contrats comparables entre eux et facilite la démonstration de l'équivalence des garanties exigée par la banque.

Combien de demandes de substitution d'assurance emprunteur sont déposées chaque année ?

496 654 demandes de substitution ont été recensées en 2024, contre 198 530 en 2021 avant la loi Lemoine, soit une multiplication par 2,5. Les assureurs alternatifs pèsent toutefois encore 19 % du stock fin 2025, sur un marché de 7,6 milliards d'euros de primes annuelles.

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Sources : avis du CCSF du 24 juin 2026 (Banque de France), Légifrance - loi n°2022-270 dite loi Lemoine, article L. 313-1 du Code de la consommation, DGCCRF, France Assureurs - Mis à jour le 29 juillet 2026

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