Actualité loi Lemoine29 juillet 2026 · 9 min de lecture

Assurance emprunteur : que change l'avis du CCSF du 26 mai 2026 au 1er septembre ?

Avis du CCSF du 26 mai 2026 sur l'assurance emprunteur et la loi Lemoine
Réponse rapide

Dans un avis adopté le 26 mai 2026, le CCSF approuve trois engagements des assureurs applicables dès le 1er septembre 2026 : le seuil de 200 000 € sans questionnaire médical ne compte plus que les crédits immobiliers, un changement d'assureur pendant un arrêt de travail ne laisse plus de trou de couverture, et les contrats deviennent plus lisibles (invalidité totale à 66 %, partielle à 33 %, décès de tous types couvert). Ce sont des engagements volontaires, généralisés au plus tard au 1er janvier ou au 1er juin 2027 selon la mesure.

L'essentiel
Mise à jour du 5 octobre 2026 : article revu sur le texte officiel de l'avis. Correction de la date d'adoption (26 mai 2026), du calendrier et de la portée de l'avis sur les exclusions pour antécédents médicaux (une position du CCSF, pas un engagement des assureurs) ; ajout de la garantie décès, du calcul du taux d'invalidité et des limites de la continuité de couverture.

Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), l'instance placée auprès de la Banque de France qui réunit assureurs, banques et associations de consommateurs, a adopté le 26 mai 2026 un avis sur les contrats d'assurance emprunteur, rendu public le 24 juin. Ses mesures peuvent s'appliquer dès le 1er septembre 2026, avec une généralisation au plus tard en 2027. La plus concrète pour les emprunteurs : le calcul du seuil de 200 000 € qui ouvre droit à l'assurance sans questionnaire médical ne retient désormais que les crédits immobiliers. Un point loin d'être anecdotique sur un marché où 496 654 demandes de substitution ont été recensées en 2024, contre 198 530 en 2021. LoiLemoine.com est un service indépendant, non gouvernemental, dédié à l'information sur le changement d'assurance emprunteur.

Que contient l'avis du CCSF du 26 mai 2026 ?

L'avis n'est pas une loi. Le CCSF y « accueille favorablement » des engagements proposés par les assureurs, qui les traduisent dans leurs contrats selon un calendrier fixé. Il vise à corriger des angles morts laissés par la loi Lemoine du 28 février 2022, déjà pointés par le bilan du CCSF de décembre 2023.

Trois engagements, et une prise de position :

Autrement dit : la loi Lemoine avait ouvert la porte, certains contrats l'avaient entrouverte seulement par leurs conditions générales. L'avis en corrige une partie, pas la totalité.

Pourquoi le nouveau calcul du seuil de 200 000 € élargit la loi Lemoine ?

Depuis la loi Lemoine, le questionnaire médical est supprimé si deux conditions sont réunies : la part assurée sur l'encours cumulé des crédits ne dépasse pas 200 000 € par assuré et le remboursement s'achève avant le 60e anniversaire de l'emprunteur. Le point sensible a toujours été le mot « encours » : fallait-il additionner tous les crédits, ou seulement les crédits immobiliers ?

Le CCSF a constaté que la plupart des acteurs ne comptaient que l'immobilier, mais que certains ajoutaient des prêts à la consommation ou des financements professionnels, ce qui pouvait faire basculer un dossier au-dessus du seuil. Les assureurs s'engagent désormais à ne retenir que les crédits immobiliers au sens du 1° de l'article L. 313-1 du Code de la consommation — acquisition, construction ou travaux sur un bien à usage d'habitation ou mixte. Mise en place dès le 1er septembre 2026, généralisation au plus tard le 1er juin 2027.

Type de financementAvant l'avis CCSFAvec l'engagement CCSF
Prêt immobilier résidence principaleComptéCompté
Prêt travaux sur bien d'habitationComptéCompté
Prêt à la consommation (auto, travaux non immobiliers)Parfois comptéExclu
Crédit professionnel à usage exclusivement proParfois comptéExclu
Autres financements non immobiliersParfois comptéExclu

Le calcul que personne ne fait correctement : le seuil s'apprécie par assuré

C'est la nuance qui fait basculer le plus de dossiers, et elle est rarement expliquée. Le plafond de 200 000 € ne s'applique pas au montant du prêt, mais à la part assurée sur la tête de chaque emprunteur, c'est-à-dire au capital multiplié par la quotité assurée.

Prenons un cas concret. Un couple emprunte 370 000 € pour sa résidence principale, avec une quotité de 50 % chacun. La part assurée est de 185 000 € par tête : les deux emprunteurs sont sous le seuil et peuvent, s'ils remboursent avant 60 ans, souscrire sans questionnaire médical. Ajoutez à ce couple un prêt auto de 22 000 € : un assureur qui cumulait tous les crédits pouvait faire sauter le bénéfice de la loi Lemoine. Avec l'engagement CCSF, ce prêt auto est hors calcul et les deux emprunteurs restent dans la dispense.

Le réflexe à avoir : avant de renoncer au bénéfice de la loi Lemoine parce qu'un conseiller vous annonce « vous dépassez les 200 000 € », demandez le détail du calcul par écrit. Vérifiez qu'il ne retient que l'immobilier et qu'il applique bien votre quotité, pas le capital total du prêt.

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Quelles garanties sont réellement renforcées ?

1. Le trou de couverture entre deux contrats, en grande partie bouché

Cas typique relevé par le Médiateur de l'assurance : vous lancez la substitution, puis tombez en arrêt de travail avant qu'elle prenne effet. Si la franchise (souvent 90 jours) se termine après la résiliation, l'ancien assureur refusait de payer, et le nouveau ne couvre pas un sinistre antérieur à son contrat. Autre piège relevé par l'ACPR : 85 contrats sur 139 arrêtaient les prestations dès la résiliation.

Les assureurs s'engagent désormais, en écartant toute clause contraire :

La limite à connaître : une rechute après le changement est traitée par le nouvel assureur comme un nouvel arrêt de travail, avec sa propre franchise. Les associations de consommateurs ont signalé ce risque de « double franchise ». Le détail des cas est dans notre article sur l'arrêt de travail au moment de changer d'assurance de prêt.

2. L'invalidité enfin comparable d'un contrat à l'autre

Jusqu'ici, chaque assureur fixait ses seuils et sa méthode, ce qui rendait la comparaison des offres difficile et compliquait la démonstration de l'équivalence des garanties exigée par la banque. Les assureurs s'engagent sur des seuils communs : 66 % pour l'IPT, 33 % à 66 % pour l'IPP. Ce sont des maximums : un contrat peut retenir des seuils plus bas, donc plus favorables.

Les conditions générales devront aussi indiquer le barème utilisé pour l'incapacité fonctionnelle, le tableau qui croise incapacité fonctionnelle et professionnelle, et un exemple chiffré de calcul. L'incapacité professionnelle sera appréciée par rapport à votre métier au moment du sinistre, et non plus à « toute activité professionnelle ».

Deux limites : ces règles s'appliquent aux nouveaux contrats (dès le 1er septembre 2026, pour toutes les adhésions après le 1er juin 2027), pas aux contrats déjà signés ; et l'alignement sur la Sécurité sociale n'a pas été retenu. Un assuré classé en invalidité de catégorie 2 par l'Assurance maladie peut ne pas atteindre 66 % au sens de son contrat.

3. Le décès couvert quelle qu'en soit la cause

Certains contrats ne qualifiaient clairement ni d'accident ni de maladie un AVC, un infarctus, un malaise vagal ou une mort subite. Les assureurs s'engagent à ce que le « décès » s'entende de tous types de décès, ces cas compris. Les exclusions légales (suicide la première année) et contractuelles (sports extrêmes, activités dangereuses) restent applicables.

4. Les exclusions de pathologies antérieures : une position, pas une interdiction

Le cas type est redoutable : un emprunteur souscrit sans questionnaire médical, puis une pathologie pour laquelle il avait consulté avant l'adhésion débouche sur un arrêt de travail. L'assureur invoque une clause d'exclusion des « états pathologiques antérieurs » et refuse l'indemnisation. Selon l'ACPR, 93 contrats contiennent une telle clause, dont 24 qui l'appliquent aux adhésions sans sélection médicale.

Les analyses juridiques divergeant, les assureurs n'ont pris aucun engagement de retrait. Le CCSF estime que ces clauses « ne sont pas conformes à l'objectif poursuivi par la loi Lemoine » : un argument utile en cas de litige devant le Médiateur, mais ces clauses restent légales et présentes dans certains contrats. Avant de souscrire, cherchez-les dans les conditions générales.

MesureDès leGénéralisation au plus tard
Continuité de couverture lors du changement1er septembre 20261er janvier 2027
Nouveau calcul du seuil de 200 000 €1er septembre 20261er juin 2027
Seuils d'invalidité, calcul du taux, décès toutes causes (nouveaux contrats)1er septembre 20261er juin 2027
Exclusions de pathologies antérieuresAucun engagement : position du CCSF uniquement

Faut-il attendre pour changer d'assurance de prêt ?

Non — et c'est important de le dire clairement. La loi Lemoine permet la résiliation à tout moment, sans frais ni pénalité. Rien dans l'avis CCSF ne suspend ce droit ni n'incite à patienter.

Il existe toutefois une subtilité : jusqu'aux dates de généralisation de janvier et juin 2027, le marché fonctionne à deux vitesses. Certains assureurs appliquent les engagements CCSF depuis la rentrée, d'autres attendront la date butoir. Deux contrats affichés au même tarif peuvent donc offrir des droits différents.

La question à poser par écrit à tout assureur consulté : « Votre contrat applique-t-il déjà les engagements de l'avis CCSF du 26 mai 2026 sur la continuité de couverture, les seuils d'invalidité et la garantie décès ? Contient-il une clause d'exclusion des états pathologiques antérieurs ? »

La réponse écrite devient une pièce du dossier si un litige survient plus tard, et elle permet de départager deux offres apparemment identiques. Avant l'envoi de votre demande, vérifiez également l'équivalence des garanties critère par critère, seul motif légal de refus opposable par la banque, et relisez les conditions exactes de la suppression du questionnaire médical. Pour chiffrer l'écart avant d'engager la procédure, vous pouvez comparer votre assurance de prêt ou passer par un service de renégociation de crédit et d'assurance.

Où en est vraiment la loi Lemoine en 2026 ?

L'avis du CCSF dresse un bilan chiffré de la réforme. Côté dynamique, les demandes de substitution sont passées de 198 530 en 2021 à 496 654 en 2024, soit une multiplication par 2,5, et 93,91 % ont été acceptées. Les adhésions sans sélection médicale représentent 38,86 % des nouveaux contrats chez les bancassureurs et 21,61 % chez les assureurs alternatifs fin 2024.

Côté résistance, la progression des assureurs alternatifs reste lente : leur part des crédits en portefeuille est passée de 16 % en 2021 à 17,48 % en 2024 selon le CCSF, et autour de 19 % fin 2025 selon le cabinet Actélior. Le marché pèse près de 7 milliards d'euros de cotisations pour 22,15 millions de contrats.

Les pratiques dilatoires expliquent une partie de cet écart. La banque dispose de 10 jours ouvrés pour répondre à une demande de substitution complète, délai souvent dépassé. Le 1er octobre 2025, la DDPP du Bas-Rhin a infligé 196 000 € d'amende au CIC Est pour des retards répétés, première sanction de ce type depuis la loi Lemoine.

À retenir : l'avis du 26 mai 2026 s'attaque aux garanties et à la lisibilité, pas aux délais de traitement. Contre une banque qui traîne : preuve d'envoi horodatée, rappel écrit du délai de 10 jours ouvrés, médiateur bancaire et signalement à la DGCCRF via SignalConso.

En pratique, la combinaison des deux dispositifs est utile : la loi Lemoine vous donne le droit de partir à tout moment, les engagements CCSF réduisent le risque de vous retrouver sans couverture pendant la bascule.

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Équipe LoiLemoine
Article vérifié sur le texte officiel de l'avis du CCSF (PDF Banque de France), Légifrance et les publications de la DGCCRF.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'avis du CCSF du 26 mai 2026 sur l'assurance emprunteur ?

Le Comité consultatif du secteur financier a adopté le 26 mai 2026 (publication par la Banque de France le 24 juin) un avis qui approuve trois engagements des assureurs : continuité de la couverture en cas de changement d'assureur, seuil de 200 000 € calculé sur les seuls crédits immobiliers, et contrats plus lisibles (seuils d'invalidité communs, décès de tous types couvert). Ce n'est pas une loi : ce sont des engagements volontaires de la profession, applicables dès le 1er septembre 2026.

Comment se calcule le seuil de 200 000 € après l'avis CCSF ?

Les assureurs s'engagent à ne retenir que la part assurée des crédits immobiliers au sens du 1° de l'article L. 313-1 du Code de la consommation (acquisition, construction, travaux d'un logement). Les prêts à la consommation et les crédits professionnels sont exclus. Mise en place dès le 1er septembre 2026, généralisation au plus tard le 1er juin 2027.

Un assureur peut-il encore exclure une pathologie antérieure au contrat ?

Oui, ce n'est pas interdit. Les assureurs n'ont pris aucun engagement sur ce point. Le CCSF estime seulement que ces clauses ne sont pas conformes à l'objectif de la loi Lemoine. Avant de souscrire sans questionnaire médical, vérifiez que les conditions générales n'excluent pas les « états pathologiques antérieurs ».

Quels sont les nouveaux seuils d'invalidité ?

Invalidité permanente totale à partir de 66 % de taux d'invalidité, invalidité permanente partielle de 33 % à 66 %. Un assureur peut proposer des seuils plus favorables, pas plus élevés. Ces règles visent les nouveaux contrats, au plus tard pour les adhésions postérieures au 1er juin 2027 ; elles ne modifient pas un contrat déjà signé.

Peut-on changer d'assurance de prêt pendant un arrêt de travail ?

Oui. Si l'arrêt a été déclaré avant la substitution, l'ancien assureur reste tenu du sinistre et de ses suites immédiates. Si vous êtes déjà indemnisé, cette protection vaut lorsque le nouveau contrat est souscrit sans sélection médicale. Une rechute après le changement est traitée par le nouvel assureur comme un nouvel arrêt, avec sa propre franchise.

Faut-il attendre pour changer d'assurance de prêt ?

Non. La loi Lemoine autorise la résiliation à tout moment, sans frais. Jusqu'aux dates de généralisation (1er janvier 2027 pour la continuité de couverture, 1er juin 2027 pour le reste), tous les assureurs n'appliquent pas encore les engagements : demandez par écrit lesquels le contrat proposé applique déjà.

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Sources : avis du CCSF du 26 mai 2026 (Banque de France, publié le 24 juin 2026), Légifrance - loi n°2022-270 dite loi Lemoine, article L. 313-1 du Code de la consommation, DDPP du Bas-Rhin / DGCCRF - Publié le 29 juillet 2026, mis à jour le 5 octobre 2026

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