- 0,36 % sur capital restant dû = 0,20 % sur capital initial. Sur 200 000 € à 3,20 % sur 20 ans, les deux coûtent environ 8 000 € au total. Le taux affiché est pourtant 80 % plus élevé dans un cas.
- Le ratio est stable : 53 % à 57 % du capital initial, que le prêt fasse 10, 15, 20 ou 25 ans. C'est ce qui rend la conversion x1,8 fiable.
- Sur un prêt in fine ou un prêt relais, les deux modes sont identiques : le capital ne s'amortit pas, donc le « capital restant dû » ne descend jamais.
- Le mode capital initial se bonifie quand on substitue tard : l'assiette gelée est le capital restant dû du jour de l'adhésion, pas le montant emprunté d'origine.
- Le TAEA est le seul indicateur comparable (article L313-8 du code de la consommation, décret n° 2014-1190). Il figure obligatoirement sur la fiche standardisée d'information.
L'assurance d'un prêt immobilier représente en moyenne un tiers du coût total du crédit pour un emprunteur de 35 ans, et davantage encore depuis que les taux nominaux sont redescendus. Pourtant, la ligne la plus décisive du contrat n'est pas le taux : c'est la phrase, souvent reléguée en annexe, qui précise si ce taux s'applique au capital initial ou au capital restant dû. Deux contrats affichant 0,20 % et 0,36 % peuvent coûter exactement la même chose. Deux contrats affichant le même taux peuvent coûter du simple au double.
Cet article démonte le calcul, chiffre la conversion entre les deux modes, et identifie les trois situations dans lesquelles le raisonnement habituel (« le capital restant dû est toujours moins cher ») est faux.
Qu'est-ce que l'assiette de cotisation d'une assurance de prêt ?
La cotisation d'une assurance emprunteur se calcule toujours de la même façon : un taux multiplié par une assiette. Le taux dépend de votre profil (âge, état de santé, profession, quotité assurée). L'assiette, elle, dépend d'un choix contractuel qui n'a rien à voir avec vous : le mode de calcul retenu par l'assureur.
Le capital initial : une assiette figée
Le taux s'applique au capital assuré au moment de l'adhésion, et cette base ne change plus jusqu'à la fin du prêt. La cotisation est identique du premier au dernier mois. C'est le mode le plus fréquent dans les contrats groupe proposés par les banques, parce qu'il est simple à présenter : un montant unique, affiché une fois pour toutes.
Le capital restant dû : une assiette dégressive
Le taux s'applique chaque mois au capital qu'il vous reste effectivement à rembourser. Comme un prêt amortissable rembourse de plus en plus de capital au fil du temps, l'assiette fond et la cotisation avec elle. C'est le mode que l'on rencontre le plus souvent dans les contrats individuels en délégation.
Le point que les simulateurs escamotent : ces deux modes ne sont pas deux options du même produit. Ce sont deux échelles de mesure différentes. Comparer un taux exprimé sur l'une avec un taux exprimé sur l'autre revient à comparer une distance en kilomètres avec une distance en miles sans faire la conversion.
Combien coûte réellement chaque mode de calcul ?
Prenons un dossier standard : 200 000 € empruntés sur 20 ans à 3,20 %, quotité 100 % sur une tête. La mensualité de crédit s'élève à 1 129 € hors assurance, et le coût total des intérêts atteint 71 042 €.
Comparons deux contrats : l'un à 0,20 % sur capital initial, l'autre à 0,36 % sur capital restant dû.
| Prêt 200 000 € / 20 ans / 3,20 % | 0,20 % sur capital initial | 0,36 % sur capital restant dû |
|---|---|---|
| Assiette de calcul | 200 000 € figés | Capital réellement dû, mois par mois |
| Cotisation le 1er mois | 33,33 € | 60,00 € |
| Cotisation à 10 ans (capital dû : 115 854 €) | 33,33 € | 34,76 € |
| Cotisation à 19 ans (capital dû : 13 302 €) | 33,33 € | 3,99 € |
| Capital dû moyen sur la durée | — | 111 002 € (55,5 % du capital initial) |
| Coût total de l'assurance | 8 000 € | 7 992 € |
Le résultat est contre-intuitif : le contrat dont le taux est 80 % plus élevé coûte le même prix. Le taux de 0,36 % s'applique à une assiette qui vaut, en moyenne sur la durée, un peu plus de la moitié de celle du contrat concurrent.
Le ratio est étonnamment stable
Le capital restant dû moyen d'un prêt amortissable se calcule directement à partir du coût total des intérêts : il vaut intérêts totaux ÷ (taux nominal × durée). Appliqué à différentes configurations, il donne toujours à peu près la même chose.
| Configuration (200 000 € empruntés) | Capital dû moyen | Part du capital initial | Coefficient de conversion |
|---|---|---|---|
| 10 ans à 3,20 % | 106 144 € | 53,1 % | × 1,88 |
| 15 ans à 3,20 % | 108 502 € | 54,3 % | × 1,84 |
| 20 ans à 3,20 % | 111 002 € | 55,5 % | × 1,80 |
| 25 ans à 3,20 % | 113 510 € | 56,8 % | × 1,76 |
| 20 ans à 4,20 % | 114 227 € | 57,1 % | × 1,75 |
La fourchette tient dans quatre points, de 53 % à 57 %, alors que la durée varie du simple au triple. C'est ce qui rend la règle utilisable de tête :
Pour comparer un taux exprimé sur capital restant dû à un taux exprimé sur capital initial, multipliez le premier par 1,8. Un contrat à 0,45 % sur capital restant dû se compare à un contrat à 0,25 % sur capital initial.
Attention au sens de la conversion. L'erreur courante consiste à faire l'inverse et à conclure qu'un taux sur capital restant dû est « toujours deux fois moins cher ». Il ne l'est pas : il est exprimé sur une assiette deux fois plus petite. Le coût total, lui, peut être identique — ou supérieur.
Pourquoi comparer deux taux d'assurance entre eux n'a aucun sens ?
Le législateur a anticipé exactement ce problème. Depuis la loi du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires, tout prêteur doit communiquer le TAEA (taux annuel effectif de l'assurance), défini à l'article L313-8 du code de la consommation et dont les modalités de calcul sont fixées par le décret n° 2014-1190 du 15 octobre 2014.
Le TAEA se construit par différence : c'est l'écart entre le TAEG du crédit assurance comprise et le TAEG du même crédit sans assurance. Il intègre donc mécaniquement l'assiette, l'échéancier des cotisations et leur position dans le temps. C'est le seul chiffre que l'on puisse comparer directement d'une offre à l'autre.
Le TAEA figure obligatoirement sur la fiche standardisée d'information (article L313-10 du code de la consommation), le document que le prêteur doit remettre dès la première simulation. C'est là qu'il faut le chercher — pas dans la plaquette commerciale.
| Indicateur | Comparable d'une offre à l'autre ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Taux d'assurance (%) | Non | Dépend de l'assiette, qui n'est pas la même partout |
| Cotisation mensuelle (€) | Non | Constante d'un côté, dégressive de l'autre : le 1er mois ne dit rien |
| Coût total sur la durée (€) | Oui | Mais suppose que le prêt aille à son terme |
| TAEA (%) | Oui | Ramène tout à une échelle unique, imposée par la loi |
Vous ne savez pas sur quelle assiette votre contrat actuel est calculé ?
La comparaison prend deux minutes et ne vous engage à rien.
Comparer gratuitementQuel mode choisir selon votre projet ?
Le raisonnement « le capital restant dû est toujours gagnant » tient pour un prêt amortissable mené à son terme. Il tombe dans trois cas de figure précis.
Cas 1 — Prêt in fine ou prêt relais : les deux modes sont identiques
Dans un prêt in fine, vous ne remboursez que les intérêts pendant toute la durée et le capital en une seule fois à l'échéance. Le capital restant dû ne descend donc jamais : il reste égal au capital initial jusqu'au dernier jour. Même logique pour un prêt relais, remboursé d'un bloc à la vente du bien.
Conséquence pratique, souvent ignorée des investisseurs : sur ce type de financement, un contrat « sur capital restant dû » n'apporte aucun avantage. Si son taux affiché est supérieur à celui d'un contrat sur capital initial, il coûtera purement et simplement plus cher. C'est un point à vérifier systématiquement sur un montage locatif, où le prêt in fine reste courant.
Cas 2 — Revente ou remboursement anticipé probable
Si vous prévoyez de revendre dans cinq à sept ans, vous n'irez jamais dans la partie du tableau d'amortissement où le capital restant dû s'effondre. Vous paierez donc la partie chère du contrat dégressif sans profiter de la partie bon marché. Sur nos 200 000 € à 20 ans, un emprunteur qui revend à 7 ans aura versé environ 4 340 € avec le contrat à 0,36 % sur capital restant dû, contre 2 800 € avec le contrat à 0,20 % sur capital initial. Le classement s'inverse.
Cas 3 — Contrat dont le taux évolue avec l'âge
Certains contrats groupe appliquent un taux révisable par tranche d'âge. L'assiette baisse, mais le taux monte : les deux effets se compensent partiellement et la cotisation ne diminue pas autant que le tableau d'amortissement le laisse espérer. À l'inverse, la plupart des contrats individuels en délégation garantissent le taux pour toute la durée du prêt. Vérifiez la mention « taux garanti non révisable » avant de raisonner sur la dégressivité.
| Votre situation | Mode généralement le plus favorable | Raison |
|---|---|---|
| Résidence principale, prêt mené à terme | Capital restant dû | Vous profitez de toute la dégressivité |
| Revente probable avant 8 ans | Capital initial | Vous ne payez pas la phase la plus chère du dégressif |
| Prêt in fine ou prêt relais | Indifférent — comparer les taux bruts | L'assiette ne s'amortit pas |
| Substitution en fin de prêt (après 12-15 ans) | Capital initial | L'assiette gelée est déjà largement amortie |
| Emprunteur jeune, prêt long, taux garanti | Capital restant dû | Effet dégressif maximal sur 20-25 ans |
Que devient le mode de calcul quand vous changez d'assurance avec la loi Lemoine ?
La loi n° 2022-270 du 28 février 2022, dite loi Lemoine, autorise la résiliation et la substitution de l'assurance emprunteur à tout moment, sans frais et sans condition d'ancienneté. Elle ne dit rien du mode de calcul : celui-ci relève du contrat que vous signez avec le nouvel assureur.
Deux conséquences pratiques.
L'assiette du nouveau contrat n'est pas le montant emprunté d'origine
Quand vous substituez en cours de prêt, le capital assuré par le nouveau contrat est le capital restant dû au jour de l'adhésion. Si le nouveau contrat est calculé sur « capital initial », c'est ce montant-là qui est gelé — pas les 200 000 € du départ.
Cela produit un effet peu connu : plus vous substituez tard, plus le mode capital initial devient intéressant. Après quinze ans sur notre prêt exemple, le capital restant dû est tombé à environ 62 000 €. Un contrat sur capital initial fige alors son assiette à 62 000 €, soit moins d'un tiers du montant emprunté. La différence de coût entre les deux modes se réduit fortement.
L'équivalence de garanties porte sur les garanties, pas sur le mode de calcul
La banque ne peut refuser une substitution que sur le terrain de l'équivalence de garanties, en s'appuyant sur les critères qu'elle a elle-même publiés — onze critères maximum sur les garanties décès, PTIA, IPT, IPP et ITT, plus quatre sur la garantie perte d'emploi, conformément à la position du Comité consultatif du secteur financier. Le mode de calcul de la cotisation ne fait partie d'aucune de ces listes. Une banque qui invoquerait un changement d'assiette pour refuser une délégation sortirait du cadre légal.
À retenir : si votre banque motive un refus par le passage du capital initial au capital restant dû (ou l'inverse), demandez-lui de vous notifier ce motif par écrit. Le refus doit être motivé et notifié dans les dix jours ouvrés de la réception de la demande. Un motif hors liste des critères d'équivalence est contestable — voir notre article sur les recours en cas de refus de la banque.
Comment vérifier le mode de calcul de votre contrat en trois minutes ?
L'information existe toujours, mais elle est rarement mise en avant. Voici où la trouver, dans l'ordre.
- La fiche standardisée d'information (FSI) — obligatoire dès la première simulation (article L313-10 du code de la consommation). Cherchez la rubrique « base de calcul de la cotisation » ou « assiette ». Le TAEA y figure également.
- Le tableau d'amortissement de l'assurance, s'il est joint. Si les montants de la colonne « cotisation » sont tous identiques, vous êtes sur du capital initial. S'ils décroissent, sur du capital restant dû.
- Vos trois derniers relevés ou vos avis d'échéance. Même test : montant constant ou décroissant.
- La notice d'information du contrat groupe, article « cotisations ». C'est le document contractuel qui fait foi en cas de contestation.
Une fois le mode identifié, appliquez la conversion : multipliez le taux exprimé sur capital restant dû par 1,8, puis comparez au taux sur capital initial. Si l'écart dépasse 20 %, une substitution mérite d'être chiffrée. Notre article sur le montant réellement économisable avec la loi Lemoine détaille la méthode complète, et celui sur l'assurance emprunteur en investissement locatif traite le cas particulier des prêts in fine.
Le réflexe à avoir avant de signer
Demandez systématiquement au distributeur : « Le taux que vous m'annoncez, il s'applique à quoi ? » Une réponse évasive est en soi une information. Une réponse claire vous donne l'assiette, donc la possibilité de convertir et de comparer. C'est la question la plus rentable de tout le dossier d'assurance de prêt, et elle prend dix secondes.